Bâti scolaire : l’État accusé d’abandon, les collectivités seules au front
Face à la dégradation du bâti scolaire et aux effets du dérèglement climatique, les collectivités locales tirent la sonnette d’alarme. Les écoles surchauffent l’été, se fissurent l’hiver, et les travaux d’adaptation se multiplient. Pourtant, les mairies, départements et régions disent manquer d’un soutien clair de la part de l’État. Selon le rapport de l’Alliance écologique et sociale, la France fait aujourd’hui reposer sur les collectivités la quasi-totalité de la responsabilité d’un parc scolaire vieillissant et inadapté.
Des collectivités livrées à elles-mêmes
Depuis plusieurs années, les élus locaux réclament un plan national d’adaptation du bâti scolaire. Mais en l’absence d’une stratégie claire, chaque commune improvise. Certaines choisissent d’isoler leurs bâtiments, d’autres végétalisent les cours ou installent des brasseurs d’air. Ces initiatives locales ont le mérite d’exister, mais elles peinent à répondre à l’ampleur du problème. Les mairies gèrent plus de 40 000 écoles primaires, souvent avec des budgets déjà sous tension. Dans les départements et les régions, la situation n’est guère meilleure : collèges et lycées subissent les mêmes contraintes budgétaires et énergétiques.
Le rapport souligne que l’État n’a, à ce jour, mis en place aucun dispositif d’adaptation nationale des établissements scolaires au changement climatique. La cellule “bâti scolaire” du ministère de l’Éducation nationale existe, mais elle reste dépourvue de moyens et de pouvoir d’action. Les échanges entre le ministère et les collectivités restent flous, voire inexistants. Dans les faits, les communes se retrouvent seules à devoir jongler entre urgence énergétique, budgets limités et impératifs éducatifs.
Une coordination qui fait défaut
Ce manque de pilotage commun se traduit par des situations très concrètes : dans plusieurs académies, certaines écoles sont contraintes de fermer lors des épisodes de canicule, faute d’un plan de continuité adapté. Ailleurs, des établissements restent ouverts malgré des conditions de travail extrêmes, faute de directives nationales. Ce désordre, selon l’AES, traduit un abandon progressif de la part de l’État sur un sujet pourtant central : la sécurité et le bien-être des enfants.
Pour l’Alliance écologique et sociale, il est temps que la rénovation du bâti scolaire soit traitée comme une urgence nationale, au même titre que la transition énergétique des logements. Car si les communes restent seules au front, la promesse d’une école publique sûre et accessible à tous risque de se fissurer, au sens propre comme au figuré.